Ce rapport sur la reconnaissance territoriale a été rédigé avec la contribution des cercles de patientes et patients partenaires autochtones francophones et anglophones de l’Unité de soutien SSA Québec, afin de fournir un aperçu des origines de ces pratiques, de mettre en évidence les lacunes et les préoccupations des personnes autochtone sur les pratiques et démarches de réconciliation. L’objectif est de s’engager dans un processus réflexif sur les pratiques de reconnaissance territoriale, tout en recentrant l’approche sur les perspectives et les expériences des peuples autochtones.
Selon les partenaires des cercles autochtones et leurs collègues qui ont rédigé le document, « pour que les pratiques de reconnaissance territoriale contribuent à provoquer un véritable changement, elles doivent transcender les mots et devenir une action vivante, un engagement palpable et continu. En reconnaissant pleinement le passé et en intégrant profondément ces valeurs dans leurs pratiques, les institutions peuvent enfin emprunter un chemin de guérison et de justice qui va au-delà de la rectitude politique. Seule une reconnaissance territoriale sincère, qui reflète les expériences et les valeurs des peuples autochtones, peut établir les bases d’une véritable réconciliation sociétale. »
Propriétaire : Direction générale de l’Unité de soutien SSA Québec
Responsables :
- Marie-Claude Tremblay, Professeure agrégée, Département de médecine familiale et de médecine
- d’urgence, Faculté de médecine, Université Laval
- Alex McComber, Professeur en médecine familiale, McGill.
Équipe de rédaction
- Marie-Claude Tremblay
- Alex McComber
- Morgane Couty Ghisolfo
- Sarah Sportès
Collaborateurs : Les membres des cercles de patients partenaires autochtones de l’Unité de soutien SSA Québec

BY : le créateur doit être mentionné.
NC : seules les utilisations non commerciales de l’œuvre sont autorisées.
ND : aucun dérivé ou adaptation de l’œuvre n’est autorisé.
Quel est le lien entre les reconnaissances territoriales et ces règlements fonciers
Traduction libre – Armand G. Ruffo [Ojibwe nation] (Ruffo 2017)
contestables, ainsi qu’avec l’autodétermination et la souveraineté des Premières
nations? En outre, que signifient-elles concrètement ? Si elles signifient simplement que
les Canadiens sont désolés et que le statu quo demeure – que les Premières nations ne
peuvent toujours pas contrôler leurs territoires, comme dans le cas de Muskrat Falls, ou,
pour le dire autrement, que le sirop d’érable coule alors que l’eau potable pour les
peuples autochtones ne coule pas -, alors elles n’ont aucune valeur pour les peuples
autochtones
Huit axes d’action proposés par les cercles autochtones et d‘autres auteurs
- La reconnaissance territoriale ne doit pas être une performance d’antiracisme personnel ou une déclaration automatique. Elle doit être une intervention en faveur de la réconciliation et de la transformation des politiques coloniales. Plusieurs moyens, notamment l’éducation et la formation, sont proposés pour y parvenir, et de nombreuses institutions académiques s’efforcent ainsi d’informer les personnes intéressées par les reconnaissances. Par exemple, la formation sur la reconnaissance territoriale du Sheridan College est accompagnée d’un feuillet d’informations complet (voir la section « ressources »), qui explique le processus et les étapes à suivre pour parvenir à inscrire ces pratiques dans un véritable processus de réconciliation (Herrera 2020). D’autres institutions exigent que les étudiants suivent un cours sur les Premières Nations pour obtenir leur diplôme (Daigle 2019). Bien qu’il soit essentiel de promouvoir la voix des peuples autochtones dans les échanges, les communautés ne devraient pas être responsables d’éduquer la population majoritaire ou même de prendre en charge leur cheminement vers la réconciliation.
- Pour intégrer les perspectives autochtones dans les pratiques de réconciliation, les patientes et patients partenaires ont souvent recommandé d’inclure des éléments symboliques significatifs, comme des images ou des œuvres autochtones, ainsi qu’une présentation animée du message, car les images sont perçues comme dynamiques et circulaires — reflétant une pensée nomade — tandis que le texte écrit, linéaire, évoque une approche coloniale et sédentaire.
- Au-delà de ces initiatives, appliquer le principe de vérité et réconciliation passe également par le fait de donner la parole aux personnes autochtones afin qu’elles puissent exprimer les préoccupations de leurs communautés à ceux qui rédigent les énoncés de reconnaissance territoriale.
- Les patientes et patients partenaires aimeraient entendre les voix collectives des peuples autochtones présenter leur propre perspective sur les pratiques de reconnaissance territoriale pour expliciter leur valeur et signification. Nos conversations ont révélé que l’Ohén:ton Karihwatéhkwen des Kanien’kehà:ka (Mohawks) est un exemple significatif de respect pour les peuples autochtones. Cette pratique se traduit par : « Les mots qui viennent avant tout le reste ». L’Ohén:ton Karihwatéhkwen se situe à l’intersection d’une prière, d’une offrande, et est traditionnellement prononcé par une personne aînée pour initier une rencontre. Le prononcer implique indéniablement de rompre avec les schémas auxquels les institutions sont habituées pour débuter une rencontre. L’objectif de ces mots prononcés à haute voix est de rassembler les esprits de tous ceux qui sont présents. Tel que discuté avec les patients partenaires, il est crucial de se concentrer sur l’esprit de collaboration et sur ce qui nous unit en tant que groupe afin de renforcer le processus de réconciliation. L’Ohén:ton Karihwatéhkwen rappelle également le rôle des êtres humains dans la Création et les encourage à exprimer quotidiennement leur gratitude pour ce qui les entoure.
- Pierce (2022) souligne que la reconnaissance territoriale actuelle aborde trop souvent la terre comme un objet inanimé. Or, selon les théories des Premières Nations sur l’être-dans-le-monde : « La terre est un cadeau, un parent, un corps qui soutient d’autres corps. Si la terre est notre parent, alors nous ne pouvons pas simplement la reconnaître comme une terre ; nous devons comprendre quelles sont nos responsabilités envers elle en tant que parent. Nous devons entretenir une relation réciproque avec la terre » (Pierce, 2022). C’est pourquoi il est essentiel d’élargir la portée de la reconnaissance territoriale au-delà de son état actuel, dans le cadre du processus de réconciliation. Les patientes et patients partenaires ont également souligné l’importance d’inclure les aînés dans les cérémonies visant à reconnaitre les peuples autochtones, en tant que gardiens du savoir et du territoire.
- Sur la base du principe selon lequel la compréhension mutuelle nécessite la création de canaux d’apprentissage mutuel, et en réponse à certaines suggestions offertes par nos patientes et patients partenaires, nous proposons d’ajouter une liste non exhaustive de plateformes (voir la section « ressources ») pour mieux comprendre les nuances et la complexité liées aux pratiques de reconnaissance territoriale. Plusieurs sites offrent des outils audio pour une prononciation précise des termes des peuples autochtones. Exemple
- Nous suggérons également que l’apprentissage des noms de lieux des peuples autochtones est importante, afin de rendre hommage correctement aux territoires et localités traditionnelles. Par exemple, la ville de Québec s’appelle Kebec et Montréal est connue sous le nom de Tiohtià:ke. Le site web « Native Land Digital » aide à déconstruire une perspective coloniale et centrée sur l’Occident des territoires autochtones à travers le monde, tout en reconnaissant les peuples qui y vivent ou les traités signés dans ces régions.
- Les patientes et patients partenaires recommandent également d’apprendre quelques mots autochtones pour favoriser un sentiment de confort et de sécurité. À cet égard, divers dictionnaires sont disponibles en ligne. Par exemple, en 2021, la Nation Atikamekw Nehirowisiwok a présenté un dictionnaire virtuel Atikamekw-Français. Le Centre de Développement de la Formation et de la Main-d’œuvre Huron-Wendat (CDFM) propose également un dictionnaire de la langue Wendat.